Contre la corruption à Madagascar : Midi trente, on comptera nos doigts

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Un article paru sur l’expressmada du 19 novembre 2015, écrit par  Mbolatiana Raveloarimisa sur la manifestation que WAKE UP compte faire à Antaninarenina.

« Agir est le devoir de tous ceux qui peuvent encore ne serait-ce que respirer, se tenir debout, parler, voir, entendre, bouger, marcher, s’accroupir, lever son poing. Aller au-delà des pressions, des peurs, des contraintes de la vie quotidienne, de la zone de confort, de l’intérêt personnel pour le bien commun est le propre des braves. »

L’aube vient illuminer la Grande île perdue dans le vaste océan Indien. Un bout de péninsule se blottissant au creux de sa grande Afrique. Les douces lumières du crépuscule viennent bercer le réveil de chaque être que le créateur a mis sur cette terre qu’il a créée divine et bénie. Oh, qu’ils sont nombreux ceux qui se sont « échoués » ici, par hasard ou non,  et qui ne sont plus repartis. Combien sont passés ici et sont restés tombés amoureux de cette terre, de cet homme ou de cette femme, de cette magnifique nature, de cette population, de cette ambiance du « moramora » ? Combien sont ceux qui sont repartis mais qui ne verront plus la vie, les êtres humains, la terre comme avant ?
Le soleil se lève sur la Grande île. Un soleil de plus, un jour qui s’annonce comme tous les autres. La pauvreté, la famine et tous les maux que cette terre peut encore porter sont sur notre « tanindrazana », terre de nos ancêtres. Ruine des hommes et de l’humain tout autant banalisée que le ravage sur la nature. Un autre crépuscule que des centaines de Malgaches  n’auraient même plus voulu voir, tellement ils auraient préféré mourir que de vivre encore, un jour de plus, un jour de trop.
Mais se plaindre est trop facile, quiconque peut le faire. Agir est le devoir de tous ceux qui peuvent encore ne serait-ce que respirer, se tenir debout, parler, voir, entendre, bouger, marcher, s’accroupir, lever son poing. Aller au-delà des pressions, des peurs, des contraintes de la vie quotidienne, de la zone de confort, de l’intérêt personnel pour le bien commun est le propre des braves. Aujourd’hui à midi trente, souvenons-nous qu’il est permis à des gens ordinaires de faire des choses extraordinaires. Aujourd’hui à midi trente, souvenons-nous que ce n’est qu’ensemble que nous pouvons créer une spirale vertueuse pour notre pays.
Chaque génération a sa mission, il appartient à chacun de choisir la sienne : soit l’accomplir, soit la trahir. Durant des années, nous, Malgaches avons choisi de subir, de nous taire, d’être des sujets par complaisance et de ne surtout pas aller à l’encontre de ceux qui détiennent le pouvoir. Mais il est temps, compatriotes, que nous sortions de l’autoflagellation. Nous sommes, oui, nous sommes une Nation qui a eu son moment de gloire. Souvenons-nous que nous avons été une Nation qui a colonisé des terres, qui a eu une économie florissante, qui a été une plateforme économique de l’Océan Indien.
Le temps est venu de se réveiller et de retrouver cet élan patriotique que nous avons mis de côté. Allons, allons, sortons, sourions, retrouvons les ambiances de jadis, nos complicités oubliées. Se révolter, protester, contester – voilà ce dont ne sont capables que ceux qui s’estiment eux-mêmes. Il est temps d’outrepasser nos différences et de réaliser qu’il est, dans notre intérêt, de voir que nous avons les mêmes problèmes, les mêmes réalités, les mêmes enfants, les mêmes aïeuls. Avouons secrètement, vous comme nous, aimons jalousement la même terre sous nos pieds, la même « taninjanaka ».
Alors, à midi trente aujourd’hui, nous compterons ceux qui oseront se coucher sur le sol d’Antaninarenina pour montrer au monde entier que nous aimons viscéralement notre Nation et que nous refusons des maux de plus. On croise les doigts de n’avoir pas assez de doigts pour compter la nuée d’engagés qui oseront.

Par Mbolatiana Raveloarimisa

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